Romain et Jana 139

Romain parle nous de Jana, la jument que tu as choisi de nous présenter aujourd’hui.

Jana est la jument à l’origine de ma carrière professionnelle. Elle est le 1e cheval que mes parents m’ont acheté. A l’époque je montais à poney, c’était la fin de l’adolescence avec ses doutes et ses bouleversements. Mes parents m’ont alors beaucoup soutenu et m’ont offert cette chance de me lancer professionnellement grâce à cette incroyable jument. Je me souviens très bien du jour où nous nous sommes rencontrés. Je suis allé essayer Jana pour la première fois, seul avec mon père, sans conseils, dans une petite écurie. Dès que je l’ai vu ça a été un coup de cœur ! Un coup de cœur physique, elle avait un chic fou, beaucoup de classe, et sa robe grise si jolie. Puis son mental et sa personnalité m’ont épaté. Ça a été LA RENCONTRE !

Elle a été pour moi un moteur tant sur le plan sportif que dans ma vie quotidienne. Je montais d’autres chevaux mais cette jument c’était quelque chose de très particulier. Elle avait du potentiel et à force de travail, elle est allée plus loin que ce qu’on avait imaginé. Ensemble nous avons gagné des épreuves jusqu’à 145 cm. En cela, le temps passé à ses côtés a été une véritable leçon de vie : ce qui était loin d’être gagné au départ s’est transformé en une merveilleuse expérience. J’ai gardé Jana 3 ans. J’ai dû repoussé d’un an mon entrée à Saumur à l’époque car elle s’était blessée. Cette blessure a été « un mal pour un bien ». Cette année de transition entre le baccalauréat et Saumur à été décisive. Je suis entré en classe préparatoire Math Sup, je n’étais pas certain de vouloir travailler avec les chevaux, je n’étais pas prêt pour cette formation à Saumur et cette expérience a changé ma vision des choses. Je la remercie car si j’étais rentré à Saumur directement après le bac je ne suis pas certain que j’aurais continué sur cette voie. La vente de Jana m’a permis de payer mes études, de racheter un autre cheval, de démarrer ma formation et de commencer à gagner ma vie.

Ce que Jana m’a offert ce sont les bases de la personne que je suis aujourd’hui. Elle représente une étape importante de ma vie : à la fois une page que j’avais envie de tourner (l’école, l’adolescence) et l’opportunité de faire de ma passion mon métier. Son départ m’a rendu très triste, tu as l’impression de « trahir ton cheval, que le lien émotionnel se casse ». Le fait qu’elle soit partie à l’étranger fait que la situation est différente en comparaison des autres chevaux qui ont marqué ma carrière. Je ne l’ai pas revu mais je continue à prendre de ses nouvelles.

Quels sont vos points communs à tous les deux ?

Elle avait du potentiel mais besoin de travailler. Elle avait cette envie d’apprendre, elle était aussi très respectueuse mais ne savait pas toujours comment s’y prendre. Lors de notre premier concours dans le double elle a fait 4 foulées au lieu de 2. Elle était sur la réserve, timide mais elle avait de l’ambition et se donnait les moyens de réussir 😉

Votre truc à vous deux ?

De façon générale je suis très proche de tous les chevaux que je monte. Même si parfois on forme un couple pendant une saison ou seulement quelques semaines ils constituent tous une étape dans ma carrière et/ou dans ma vie. Avec certains chevaux je ne l’explique pas, parfois « ce truc » vient tout de suite, parfois après plusieurs semaines de travail. Il y a toujours un moment de complicité, de là à dire que c’est tout le temps le même, évidemment non. Jana, elle, a toujours su quand je n’étais pas en forme et par son attitude elle m’encourageait, me poussait à travailler et le dimanche au concours c’était ma récompense.

Un souvenir ?

Un souvenir sportif, celui de la Lami Cell Cup à Cluny en 2006. Il s’agissait d’épreuves réservées aux juniors et jeunes cavaliers. On pourrait comparer le format aux épreuves du Grand National : 3 épreuves, 4 parcours. Ce week-end là à Cluny nous avons réalisé 4 sans fautes avec Jana dont 2 victoires. Ça a été un week-end magique, nous étions récompensés de tout notre travail, l’objectif était atteint, c’était un peu « la consécration ». J’avais réussi à combattre mes doutes techniques. Nous étions tellement motivés, comme si rien ne pouvait nous arrêter. Gagner sur ce terrain avait une saveur particulière pour moi. Quand j’étais gamin on allait assister au National 1 et au CIR avec mon père et j’espérais pouvoir y gagner un jour. Quand je repense à la fierté de la jument lors de la remise des prix, quel souvenir !

Si Jana était un sentiment, lequel serait-elle?

Question pas si simple 🙂
La première chose qui me vient en tête est « reconnaissant », je lui dois tellement ! Cela représente mon sentiment envers elle. Si je devais donner un qualificatif pour la décrire je crois que « détermination » serait le bon mot. Elle était à la fois très tenace et pleine d’envie !

Si Jana pouvait nous lire, qu’aimerais-tu lui dire ?

Merci ! Merci pour tout ça ! Cela peut sembler un peu bête car c’est ce que je dis à un cheval qui m’a marqué quand je le mets dans le camion, et pourtant ce n’est pas un mot que j’emploie à la légère. On oublie souvent d’où l’on vient et Jana correspond à ça, à mes débuts, aux fondements de ma vie. Tu m’as offert une base, tu m’as permis d’apprendre à me débrouiller seul, de me lancer professionnellement et j’en suis fière. Encore aujourd’hui tu es présente dans mon quotidien par le biais de tellement de choses… Tous les chevaux sont importants pour moi mais tu restes la première. Tu m’as offert la possibilité d’allier technique et feeling et c’est aujourd’hui un atout très précieux dans mon métier, une force qui me permet de créer quelque chose de spécial avec tous les chevaux que je monte et de ne pas faire mon métier « à la chaine ». Merci Jana !

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